Lettre ouverte pour le renouveau du SWAC

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Bruno.garnier@deprofundis.com
www.deprofundis.com

 

Dispositions vers le renouveau du SWAC en 2017

Nouvelles sombres

Des projets abandonnés ou ajournés

L’année dernière, l’avenir du SWAC en France semblait radieux : deux projets lancés sur l’île de la Réunion (le district-cooling de St-Denis-Ste Marie, et le swac du CHU de St Pierre), le swac du Taaone semblait enfin se concrétiser, un intérêt très marqué des Antilles complétait ce tableau idyllique.

Mais en début d’année, tous ces projets prometteurs se sont enlisés un par un, induisant un retournement  complet de conjoncture :

  • Le projet de swac « nord-réunion » est ajourné (abandonné ?) par son promoteur, malgré l’intervention volontariste de Ségolène Royal.
  • L’appel d’offres du projet de climatisation écologique du CHU de St Pierre n’a reçu aucune réponse. A ce jour, aucune information ne permet de dire si cet appel d’offres sera relancé.
  • Le projet de l’hôpital du Taaone se débat entre appels d’offres infructueux et recours administratifs.

 

Les raisons de ce gâchis

Les premières raisons sont conjoncturelles. Il y a d’abord l’environnement politique qui pousse les acteurs économiques à l’attentisme : un gouvernement dirigé par un président impopulaire en fin de mandat peut difficilement donner les impulsions nécessaires à ce type de projets.

Ensuite, une autre raison conjoncturelle souvent évoquée est le contre-choc pétrolier. Les économies insulaires étant dépendantes du pétrole pour leur électricité, la baisse du coût de ce dernier rend compliquée l’équation économique d’un swac.

Ce dernier argument tient plus de l’excuse que d’une réelle explication car les business plans des swac sont établis sur 20 ans, et que si on regarde l’histoire, les contre-chocs pétroliers alternent avec des chocs.

De plus, l’Agence Internationale de l’Energie  a alerté sur les sous-investissements dans le domaine pétrolier qui va aboutir à une contraction de l’offre et donc à une montée des prix.

Après ces raisons conjoncturelles, intéressons-nous à la raison structurelle, celle qui n’est jamais mise en avant, brisons ce tabou :

Les projets de swac ne sortent pas car, dans leur technologie actuelle, ils ne sont pas rentables.

Les porteurs de projets sont ainsi obligés de se contorsionner entre des aides publiques hypothétiques et produits dérivés aléatoires pour équilibrer leurs comptes.

Dans ces conditions, quelles sont nos raisons d’espérer ?

Mais des raisons d’espérer

Des compétences qui s’organisent

Le concept de  swac se diffuse depuis une dizaine d’années dans l’ensemble des entreprises qui peuvent proposer des briques pour cette technologie. Les fournisseurs de tubes, de pompes, d’échangeurs, les bureaux d’études offshore, les spécialistes de forage dirigé, tous ont maintenant une bonne connaissance des tenants et des aboutissants du swac, et les rapprochements commencent. On peut prédire à court terme l’émergence d’un pôle organisé du swac français (voire européen) qui soit en mesure de maîtriser chacun des métiers du swac, et ainsi de proposer des solutions optimisées.

Des moyens de réduire le prix du froid produit

L’aventure du swac est encore jeune et il reste heureusement des moyens de réduire le prix du froid produit. Il faut en passer par le piétinement de quelques dogmes.

Utilisation extensive du froid capté

Dans un swac classique, l’eau est livrée au bâtiment à 7°C, et elle est rejetée à une température de 12°C. On parle de « régime 7/12 »Ce régime de température ; héritage d’une époque d’énergie bon marché, est devenu une habitude, puis un dogme inamovible chez la plupart des thermiciens.

Or, à 12°C, cette eau est encore froide, et elle peut être utilisée par le biais de diffuseurs complémentaires.

Si nous faisons en sorte d’utiliser la fraicheur de l’eau jusqu’à 17° (donc utiliser 10°C de fraîcheur au lieu de 5°C pour chaque litre d’eau captée), nous pouvons doubler la puissance froid produite par un SWAC sans toucher à l’investissement maritime.

Bien évidemment, les diffuseurs de froid complémentaires ont un prix, mais qui est très largement inférieur au coût de l’augmentation du diamètre des tubes sous-marins.

Nos calculs et mesures ont montré que cette évolution permettait une réduction de l’ordre de 20% du coût du froid produit.

Augmentation de la vitesse de l’eau dans les tubes

La vitesse de transport de l’eau dans les tubes est limitée par ce que les physiciens appellent le phénomène de cavitation : si on dépasse une certaine vitesse, l’eau se met à bouillir dans les tubes.

Or, il a été prouvé que cette « vitesse de cavitation » était beaucoup plus lente que la vitesse optimale au niveau économique.

Notre travail en cours pour augmenter cette vitesse permet une réduction de de l’ordre de 10% du coût du froid produit.

Analyse critique des procédures maritimes

La partie la plus complexe de mise en place d’un swac est la partie sous-marine. Les seuls industriels habitués à mettre en place ces tubes à 1000m de fond sont les industries pétrolières.

Or il existe deux différences majeures entre le domaine pétrolier et le swac :

  • Prix du fluide transféré : un litre le pétrole brut a une valeur 50 fois plus importante qu’un litre d’eau des profondeurs.
  • Gravité écologique d’une fuite : dans le swac, nous ne risquons pas de marée noire, mais seulement une fuite d’eau de mer dans la mer.

Dès lors, il est nécessaire de redéfinir les procédures d’installation afin de baisser leurs prix.

Cette redéfinition nous permet une réduction de l’ordre de 20% du coût du froid produit.

Dimensionnement fin

Les swac classiques sont dimensionnés pour couvrir la totalité du froid nécessaire, même celui correspondant aux heures les plus chaudes de l’année. Or, durant ces pics de froid exceptionnels, le besoin monte très haut, mais seulement durant quelques heures par an.

Dès lors, quel est l’intérêt de payer cher une augmentation de la puissance du SWAC (tubes plus gros, pompes plus puissantes, …) pour un bénéfice qui n’arrive que quelques heures par an ?

Nos études montrent que si nous dimensionnons un swac à 50% du plus grand appel annuel, nous couvrons la partie la plus souvent appelée, correspondant à 90% des besoins totaux annuels.

Le fait d’effectuer ce dimensionnement fin nous permet d’économiser 15% du coût du froid produit.

Récapitulatif

Nous avons donc le tableau suivant :

Opération Economie
Utilisation extensive du froid 20%
Augmentation de la vitesse 10%
Analyse critique des procédures maritimes 10%
Dimensionnement fin 15%
Toutes ces opérations 45%

 

Nous pouvons donc attendre une réduction de 40 à 50% du coût du froid produit.

Quel déclencheur pour inverser la tendance ?

Le swac « nouvelle génération » qui permettra d’équilibrer la balance économique nécessite une large part d’innovation. Or, vu le peu de projets qui émergent, et du risque encouru aucun opérateur privé n’est disposer à financer cet effort de recherche et développement.

Il est donc nécessaire de mettre en place les leviers qui permettront de financer ces recherches, et d’aboutir à la mise en place d’un démonstrateur.

Ces leviers peuvent être de plusieurs ordres :

  • Partenariat public-privé pour la mise en place du premier démonstrateur de swac « nouvelle génération »
  • Mise en place d’avances remboursables pour un partage du risque entre l’opérateur privé et les collectivités ultramarines
  • Lancement d’appels à projet permettant d’agrandir le marché du swac dans l’outremer français, et donc de motiver les privés à investir

Si les collectivités ultramarines et le pouvoir central mettent en place une politique volontariste, dont le coût global peut être estimé à une douzaine de millions d’euros, le swac peut devenir la norme de la climatisation dans l’outremer, avec les bénéfices réels qu’on connait sur l’emploi local, les considérations écologiques et l’économie locale.

 

Bruno Garnier

Bruno.garnier@deprofundis.com

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